Les « terres des Américains » retournées aux agriculteurs

Les « terres des Américains » retournées aux agriculteurs
La famille Jodoin (Photo : Gracieuseté - La Terre de chez nous)

Un texte de David Riendeau – Collaboration spéciale de La Terre de chez nous

C’est une saga longue d’un demi-siècle qui est sur le point de s’achever à Varennes, en Montérégie. D’ici quelques mois, la totalité des 557 hectares achetés par des investisseurs américains dans les années 1970 aura été acquise par des agriculteurs locaux.

Les frères François et Stéphane Jodoin figurent parmi la poignée de producteurs varennois qui sont enfin devenus propriétaires de terres que leur famille convoitait depuis des décennies, avec l’achat de 40 hectares en 2016 et de 20 hectares cette année.

«Nous sommes heureux d’acquérir des champs que notre père Normand a cultivés pendant 40 ans. C’était son rêve, confie François. Hélas, il est décédé trop tôt pour le voir de son vivant.»

Pour sa part, le producteur de grandes cultures Alain Hébert a pu agrandir sa ferme de 53 hectares au cours des quatre dernières années.

«J’ai loué ces terres-là pendant 30 ans sans pouvoir les acheter, raconte l’agriculteur de 69 ans. Quand l’offre s’est présentée, je n’ai pas hésité longtemps. Ce sont les meilleures terres de Varennes!»

Un projet immobilier qui tombe à l’eau

Au lendemain de l’Expo 67, des hommes d’affaires de Chicago, convaincus que Montréal connaîtrait une explosion démographique, ont acheté pour plus de 557 hectares de terres agricoles à Varennes dans le but d’en faire un projet immobilier. Les terres ont été divisées en 3500 lots et vendues à des particuliers, des Américains pour la plupart.

Cependant, l’adoption en 1978 de la Loi sur la protection du territoire agricole est venue mettre un frein au projet. Voyant que le développement tant espéré ne se matérialiserait pas, plusieurs propriétaires ont cessé de payer leurs taxes foncières.

Un travail de moine

Devant l’impasse, Varennes a obtenu du gouvernement provincial un décret en 1998 qui faisait de la municipalité l’unique propriétaire des 3500 lots.

«La Ville souhaitait revendre les terres, mais ne pouvait pas le faire tant que l’imbroglio administratif n’était pas réglé, explique le maire Martin Damphousse. Régulariser les titres a été un véritable travail de moine long et coûteux en frais d’avocat et de notaire.»

La municipalité, qui a vendu ses premières terres en 2015, espère régler les dernières transactions en 2021.

«Nous avons accordé la priorité aux agriculteurs qui louaient déjà ces terres parce que ça allait de soi. Certains les cultivaient déjà depuis longtemps», indique l’élu, qui se réjouit de pouvoir tourner la page sur ce chapitre de l’histoire locale.

Les transactions, faites au prix de l’évaluation, devraient rapporter de 15 à 17 M$ dans les coffres de la Ville.

En manque d’amour

Bien que ces terres présentent un excellent potentiel, les acquéreurs ont dû investir de fortes sommes pour les améliorer.

«J’ai mis 80 000$ pour faire drainer la dernière terre de 20 hectares que j’ai achetée cet été. Il faut dire qu’il y a 50 ans qu’elle n’avait pas été améliorée», raconte Alain Hébert, qui projette de l’utiliser dans une rotation de céréales, de maïs et de soya.

Les frères Jodoin ont également investi d’importantes sommes pour redresser et drainer leurs nouvelles terres.

«Elles offrent un beau potentiel, mais elles ont besoin d’amour. N’empêche, c’est un soulagement de savoir que ces terres vont rester à vocation agricole dans les prochaines décennies», confie François Jodoin.

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