Un texte de Julie Mercier – Collaboration spéciale de La Terre de chez nous
Aux prises avec une chute vertigineuse du prix du porc depuis juillet, les Éleveurs de porcs du Québec réclament une aide urgente de 50 M$ de la part des gouvernements.
Depuis le milieu de l’été environ, le prix du porc au Québec a en effet dégringolé de près de 50%. «On ne sait pas où ça va s’arrêter. Ça fait plus de 20 ans qu’on n’a pas vu ça dans l’industrie porcine», affirme le président des Éleveurs, David Duval. Cette chute survient au moment où les producteurs font des investissements nécessaires et importants, notamment pour se conformer aux nouvelles normes de bien-être animal, précise-t-il.
Le vortex qui frappe le marché nord-américain du porc découle des tarifs appliqués par la Chine (50%) et le Mexique (20%) sur les exportations américaines, en guise de représailles aux pénalités imposées par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium de ces deux pays. «Les perturbations commerciales liées à l’Accord de libre-échange nord-américain créent également de l’incertitude dans un marché si intégré. Les plus vulnérables face à cette situation sont les producteurs», ajoute le directeur aux affaires gouvernementales et corporatives du Conseil canadien du porc (CCP), Gary Stordy.
La dernière semaine d’août, le prix du porc aux États-Unis a chuté sous la barre des 50$ US/100 lb. Depuis 1996, il n’a atteint ce creux, à la même semaine, qu’à seulement deux reprises, indique l’agroéconomiste Caroline Lacroix, du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ), dans le bulletin Écho-Porc du 4 septembre. Le marché américain sert de référence pour le calcul du prix au Québec.
Pour les Éleveurs de porcs, cette «situation critique» commande «des mesures rapides et exceptionnelles pour aider les entreprises porcines à traverser cette tempête sans précédent». L’enveloppe de 863 M$ annoncée à la mi-août par le gouvernement québécois en réponse à cette guerre commerciale ne prévoit aucune mesure particulière pour le secteur porcin, pourtant le plus touché par ce conflit, déplorent les Éleveurs.
Assurance
De plus, le versement le 21 septembre prochain d’une deuxième avance de compensation de 51,7 M$ (54,16$/truie et 5,50$/porc) du programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) s’avère insuffisant. Même s’il s’agit d’une «très bonne nouvelle», pour le président des Éleveurs de porcs, «nos programmes ASRA ne sont pas conçus pour des mesures protectionnistes comme celle-là. Ils sont conçus pour des fluctuations normales de marché», souligne David Duval, qui rappelle qu’une partie des pertes de l’ASRA doit être absorbée par les éleveurs eux-mêmes. Selon les calculs de son organisation, la prime d’assurance devrait d’ailleurs bondir d’environ 7$/porc. «C’est une réelle perte pour les producteurs», affirme le dirigeant.
Formule de prix
D’autre part, les Éleveurs négocient présentement avec les transformateurs afin d’établir une nouvelle formule de prix «pour avoir un meilleur équilibre s’il y a des écarts trop grands entre les marges des abattoirs et celles des producteurs», explique David Duval. Le producteur note qu’à l’heure actuelle, le marché est beaucoup plus avantageux pour les usines de transformation. «Nous nous attendons à avoir un partenariat entre les agriculteurs et les transformateurs afin que nous puissions tous avoir un juste retour du marché. Malheureusement, ce n’est pas ce qui se passe actuellement», affirme pour sa part Gary Stordy. Chez Olymel, le porte-parole, Richard Vigneault, n’a pas souhaité commenter.
Pas de gouvernement
Au cabinet du ministre de l’Agriculture, l’attaché de presse Mathieu Larouche a indiqué à La Terre qu’avec la dissolution de l’Assemblée nationale pour la campagne électorale, il était impossible de créer un nouveau programme d’aide ni de rediriger une partie des sommes déjà annoncées vers le secteur porcin. «Il n’y a pas de gouvernement si on peut dire», a-t-il résumé.
Aux États-Unis, l’administration Trump a annoncé récemment une aide de 12 G$ en agriculture, dont une somme de 8$/porc pour la moitié des bêtes présentes dans les troupeaux au 1er août. De ce côté-ci de la frontière, le CCP réclame un soutien semblable du fédéral et des provinces.
