La biométhanisation sur les rails à Varennes

La biométhanisation sur les rails à Varennes

Sylvain Trépanier et Sylvain Berthiaume montrent aux journalistes des morceaux de digestat.

Crédit photo : Jean Laramée - L'Information d'affaires Rive-Sud

ÉCOLOGIE. Alors que les projets pilotes de collecte de matières organiques naissent timidement dans des villes de l’agglomération de Longueuil, le Centre de traitement des matières organiques à Varennes est en voie d’atteindre l’objectif gouvernemental de traiter 60% des matières organiques de son territoire.

En opération depuis janvier, le centre de traitement de la Société d’économie mixte de l’est de la couronne sud (SÉMECS) dessert les 27 municipalités que constituent les MRC de la Vallée-du-Richelieu, de Marguerite-D’Youville et de Rouville. En cette première année, il produit quelque 30 000 tonnes de matière. Il devrait pouvoir atteindre la pleine cadence de 40 000 tonnes par année dès 2019.

«On est extrêmement chanceux d’être opérationnels et d’avoir respecté le budget», s’est réjoui le maire de Varennes Martin Damphousse, lors d’une présentation précédant une visite de l’usine le 6 novembre.

Le coût du centre de traitement se chiffre à 57,8 M$. Il a bénéficié d’une subvention de 30,5 M$ du ministère de l’Environnement et d’un appui de 750 000$ du Fonds municipal vert de la Fédération canadienne des municipalités.

Le rare modèle de société d’économie mixte

Les sociétés d’économie mixte sont rares au Québec. La création de la SEM a mis deux ans et a été «laborieuse», admet Martin Damphousse.

«C’est comme une entreprise, mais le corps municipal doit être majoritaire», illustre le maire, qui préside la SÉMECS;  un moyen de favoriser l’acceptabilité sociale d’un tel projet qui, bien souvent, est d’abord accueilli par un «Pas dans ma cour».

La SÉMECS est détenue à 66% par les instances publiques (c’est-à-dire les trois MRC) puis à 33% par le consortium privé Biogaz EG, formé de Groupe Valorr (chef de file en gestion de matières résiduelles) et de Greenfield Global (chef de file en production de biogaz). Cette entreprise, à qui la SÉMECS vendra du gaz, est d’ailleurs voisine du centre de traitement.

Les démarches pour créer le centre de traitement ont été entamées en 2010, lors de la sortie de la Politique de gestion des matières résiduelles. Parmi les objectifs de la politique figurent réduire à 700 kg par personne la quantité de matières résiduelles éliminées et interdire l’enfouissement des matières organiques dès 2022.

En 2017, 50% des déchets sont des matières organiques, et seulement 12% d’entre elles sont valorisées.

De la place pour l’Agglomération?

Il est connu que des discussions sont en cours entre SÉMECS et l’Agglomération de Longueuil afin d’étudier la possibilité que les matières de l’agglomération soient traitées à Varennes. Un scénario qui entraînerait inévitablement un agrandissement, puisque la quantité de matières organiques produites par l’agglomération est de 35 000 tonnes par an… soit un tout petit peu moins que la capacité actuelle du centre de traitement.

La visite médiatique de l’usine n’aura pas permis d’en savoir plus quant au développement de ce dossier. «Il y a des discussions. Je vais en rester là», a signifié le directeur général par intérim de la SÉMECS Sylvain Berthiaume.

À Longueuil, le projet de construction du Centre de recyclage des matières organiques par biométhanisation et compostage (CEREMO) en est à l’étape de conception. La construction est prévue pour 2020-2021.

Une étude d’avant-projet analyse d’ailleurs la faisabilité technique et économique du sous-traitement de la valorisation des matières par la SÉMECS.

Peu importe l’avenue privilégiée, le projet devra voir le jour avant 2023, nouvelle échéance pour obtenir la subvention gouvernementale.

 

 

La biométhanisation

La biométhanisation permet de transformer les matières organiques en une énergie verte renouvelable (un biométhane ainsi qu’un digestat qui est utilisé comme amendement sur les terres agricoles). Le traitement des eaux de procédé permet en plus d’extraire du sulfate d’ammonium, qui peut être vendu à des producteurs d’engrais chimiques.

Les matières solides qui entrent au centre de traitement subissent un prétraitement hydromécanique qui permet de soutirer des fractions légères, par suspension, alors que des trappes recueillent les fractions lourdes. Tous ces résidus iront à l’enfouissement.

La matière conservée est ensuite acheminée dans les digesteurs. Le temps de séjour moyen de cette matière dans ces immenses silo (l’un de 17 mètres de haut, l’autre de 17 mètres de diamètre) est de 23 jours. Mais en 72 heures, 70% du gaz potentiel est produit. Le gaz est raffiné puis acheminé (et vendu) chez Greenfield Global.

La matière passe par un processus de déshydratation, pour faire un digestat. L’objectif est de pouvoir envoyer 90% du digestat sur les terres agricoles et de réutiliser 70 à 80% de l’eau de traitement. Il est prévu que la production annuelle de digestat atteigne les 18 000 tonnes.

Des manufacturiers peuvent aussi acheminer certains surplus à l’usine de biométhanisation (surplus de jus ou de bière périmées, par exemple.). Lors de la visite, des dizaines de palettes de contenants de yogourt périmé attendaient dans l’aire de réception.

Le processus fait en sorte que les contenants de plastique seront soutirés de la matière qui sera traitée. Le directeur général par intérim Sylvain Berthiaume avise d’ailleurs que les citoyens peuvent faire de même.  Si un produit liquide comme du yogourt est périmé, le contenant de plastique peut se retrouver dans le bac. Les contenants vides n’y ont toutefois pas leur place.

Les sacs plastiques sont aussi à proscrire, car ceux-ci seront déchiquetés et des particules demeurent dans la matière traitée.

 

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