Éviter que les finances publiques se retrouvent à leur tour aux soins intensifs

René Vézina, chroniqueur économique
Éviter que les finances publiques se retrouvent à leur tour aux soins intensifs
René Vézina (Photo : Gravité Média)

Au pire de pandémie, ce printemps, les nombreuses interventions du gouvernement fédéral ont été bien accueillies par une large partie de la population. Il fallait éviter que l’économie ne se désagrège avec des programmes de soutien, tant pour les individus que pour les entreprises.

«Quand le feu est pris dans la maison, on ne chipote pas sur le coût et sur le nombre de lances d’incendie»! C’était là le genre de commentaire qu’on pouvait entendre pour légitimer le fait qu’on puise aussi largement dans le coffre fédéral.

De fait, le Canada s’en est sorti pas si mal. La plus récente analyse de Statistique Canada, publiée au début septembre, signalait que le pays avait retrouvé 94 % du volume d’emplois d’avant la pandémie (ce taux est de 96 % pour le Québec).

Mais la persistance d’Ottawa à vouloir débourser sans compter est en train de provoquer un revirement dans l’opinion publique.

Un sondage conjoint Tact – Léger Opinion montre que 63% des Québécois se déclarent maintenant inquiets de l’état des finances fédérales. Et plus d’une personne sur deux dit que la lutte au déficit grandissant devrait devenir la priorité.

Qu’est-ce qui a bien pu motiver ce changement d’attitude? On peut avancer quelques hypothèses.

Les feux rouges se multiplient. Un des plus notables est venu du directeur parlementaire du budget, qui a lancé le 6 septembre un sérieux avertissement au gouvernement fédéral, en signalant que les déficits à venir risquent de faire exploser la dette et qu’on en perde le contrôle. Bien malin qui pourrait d’ailleurs établir précisément la taille du manque à gagner. Les dernières évaluations le situent à 342 milliards de dollars pour l’année financière en cours.

Il faudra bien un jour qu’Ottawa commence à payer son ardoise. De là les craintes qu’on vienne alourdir taxes et/ou impôts pour aller chercher de nouveaux revenus.

À cet égard, les risques sont réduits. Les gens de la classe moyenne, ici, sont déjà lourdement imposés et il serait étonnant que la facture augmente. Mais il y a de l’argent à aller chercher auprès des géants du Web qui ont continué, eux, à engranger de juteux profits, ainsi que des prélèvements possibles lors de transaction financières qui impliquent, par exemple, les options sur actions qui profitent actuellement d’un traitement avantageux.

Et, de façon générale, la population souhaite un retour progressif à la normale, même avec cette deuxième vague de pandémie qui s’installe. Il y a, et il y aura, des gens à soutenir avec des mesures ciblées. Pour le reste, on demande sans cesse aux citoyens de surveiller leur endettement. Le conseil doit valoir aussi pour les gouvernements…

 

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