Un texte d’André Laroche – Collaboration spéciale de La Terre de chez nous
Les pluies diluviennes, comme celles qui se sont abattues sur le sud du Québec au début du mois, ne sont pas une bonne nouvelle, affirme un expert en hydrologie. Mais les agriculteurs doivent s’y préparer, car les épisodes de météo extrême ne seront plus l’exception à l’avenir.
Mikael Meunier, un agriculteur de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, a trouvé ses terres inondées le 5 août et ses champs de maïs couchés par des précipitations de 150 ml au cours des jours précédents.
«Les fossés débordent, a-t-il raconté en entrevue. Les pertes sont limitées, mais la récolte prendra plus de temps, car on cueille le maïs à la main. Il faudra se pencher à chaque plant plutôt que de le prendre à notre hauteur.»
Selon Jean-Philippe Bégin, météorologue à Environnement Canada, quelque 75ml de pluie est tombée en moyenne en 24 heures, les 4 et 5 août, sur plusieurs régions du sud de la province. «En Mauricie, il est même tombé 100ml de pluie en 24 heures, ce qui est le total moyen de la région pour un mois d’août.»
Ruissellement
Or, dans ces épisodes de précipitations intenses, toute cette eau n’est pas utilisable pour reprendre le déficit hydrique. Elle se contente de ruisseler en surface vers les cours d’eau et n’est pas stockée dans le sol, soutient Aubert Michaud, spécialiste en hydrologie à l’Institut en recherche et en développement en agriculture (IRDA).
«Toute la pluie ne paraît quasiment plus (dans les champs)», confirme Florian Ruckstuhl. Sa ferme située à Sainte-Sabine, en Montérégie, a reçu environ 75ml de pluie en 24 heures, le 4 août. «La terre est tellement dure. La grande partie de l’eau est allée dans les fossés.»
Ce ruissellement lessive les terres. Il entraîne non seulement des pertes importantes de nutriment, mais aussi de l’érosion des terres et de la dégradation des cours d’eau, rappelle M. Michaud. Les sols plus perméables risquent aussi un appauvrissement car leur azote voyage par les systèmes de drainage souterrain, surtout en début de saison.
«On estime qu’en Montérégie, à peu près 30 kg d’azote sont perdus par hectare dans les eaux de drainage», soutient le chercheur.
Lignes de défense possibles
Les redoux hivernaux, les printemps hâtifs et pluvieux, les étés secs ponctués d’averses violentes deviendront la norme, selon les experts. «Les agriculteurs doivent s’y préparer», prévient Aubert Michaud, en énumérant un certain nombre de lignes de défense.
Une bonne santé des terres, favorisée par la rotation de culture de céréales et de légumineuses, permet d’abord une réduction du ruissellement, dit-il. Il serait aussi préférable d’entretenir une rugosité de ses terres, avec des mottes de terre et des résidus de culture, pour améliorer notamment la rétention de l’eau.
Aménager ses fossés pour ralentir le débit de l’eau, créer des chambres de contrôle dans les systèmes de drainage souterrain et conserver les bandes riveraines font partie des mesures possibles, croit M. Michaud.
