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CertainTeed à Sainte-Catherine : virage vert de 91 M$

mercredi le 22 juin 2022
Modifié à 14 h 49 min le 21 juin 2022
Par Audrey Leduc-Brodeur

aleduc-brodeur@gravitemedia.com

L’usine CertainTeed emploie 120 personnes. (Photo: gracieuseté)

Grâce à un investissement de 91 M$, dont près de la moitié provient du gouvernement du Québec, le fabricant de panneaux de gypse CertainTeed à Sainte-Catherine deviendra la première usine de la région à prendre un tel virage carboneutre, c’est-à-dire que ses émissions de gaz à effet de serre seront réduites à zéro.

D’après la multinationale française Saint-Gobain, propriétaire de la filiale CertainTeed, il s’agit d’«un chapitre historique» dans le parcours de l’entreprise qui a installé ses pénates dans le parc industriel de Sainte-Catherine en 1973.    

L’investissement privé de 51 M$, combiné à une aide financière de 40 M$ issue du programme provincial ÉcoPerformance, servira à moderniser les installations de Sainte-Catherine. Dans la région, seule l’usine Diageo à Salaberry-de-Valleyfield vise la carboneutralité d’ici 2025 grâce un soutien financier du gouvernement.

Au terme des travaux projetés à l’été 2023, la production présentement nourrie au gaz naturel sera alimentée par l’électricité, faisant aussi du bâtiment de la 1re avenue «la première usine de cloisons sèches zéro carbone en Amérique du Nord», avance Saint-Gobain.

Jusqu’à 44 000 tonnes métriques d’émissions de carbone seront ainsi éliminées, soit l’équivalent de 9 500 voitures retirées de la route, évalue l’entreprise. Celle-ci s’engage aussi à atteindre la neutralité carbone dans toutes ses installations dans le monde d’ici 2050.

Pionnier

«C’est le rêve de tout nouveau directeur d’usine de pouvoir commencer son mandat en travaillant sur un projet de cette envergure», reconnaît en entrevue Stéphane Savard, qui occupe ce poste depuis avril.  

Du travail «d’arrière-scène» entre Saint-Gobain et Hydro-Québec a été effectué au cours des deux dernières années, avant que l’annonce soit officialisée le 7 juin, fait-il savoir. L’usine de Sainte-Catherine a été identifiée par la multinationale comme un site de choix pour son virage vert.

«Seule l’usine en Norvège s’est aussi tournée vers l’électricité et elle n’est pas encore en fonction. Nous sommes des pionniers dans notre domaine», estime celui qui travaille pour CertainTeed depuis 1999.

Il ne cache pas que l’annonce a amené son lot de questions parmi les 120 employés, qui se sont néanmoins réjouis de sa portée pour l’avenir de l’entreprise.

«D’une part, un tel investissement assure une sécurité d’emploi, car on comprend que la compagnie a l’intention de rester ici encore longtemps. D’autre part, il s’agit d’un changement technologique et de nos habitudes de travail complet.»

Ce faisant, la capacité de production sera augmentée de 40% d’après Saint-Gobain et de nouveaux emplois en ingénierie, aux opérations et à la chaîne d’approvisionnement seront créés.

La mairesse Jocelyne Bates est entourée de Stéphane Savard, directeur de l’usine de Sainte-Catherine, Julien Perrier, directeur des opérations de CertainTeed Canada, Bilal Mohammad, responsable du développement durable en Amérique du Nord chez Saint-Gobain, et Janie Grenier, déléguée commerciale principale chez Hydro-Québec. (Photo: gracieuseté)

Fierté

Par voie de communiqué, la mairesse de Sainte-Catherine, Jocelyne Bates, a salué la nouvelle en soulignant qu’elle s’inscrit dans la Politique de développement durable de la Ville.

«CertainTeed est un acteur industriel important, qui fournit des emplois de qualité et qui s’implique pour le bien-être de notre communauté depuis près de 50 ans. C’est une fierté de la voir continuer à grandir en entreprenant cette transition zéro carbone», a-t-elle affirmé.

Mme Bates invite la communauté d’affaires de la région «à découvrir les opportunités de développement économique durable qu’offre l’adoption de pratiques commerciales écoresponsables et de technologies propres».

«C’est carrément l’équivalent de construire une usine neuve.»

-Stéphane Savard, directeur de l’usine

 

Réaliste et avantageux, selon un expert

Responsable de la carboneutralité en entreprise pour la firme LCL Environnement, Luc Baillargeon-Nadeau croit que la compagnie Saint-Gobain a fait un choix judicieux en se tournant vers l’électricité. D’abord parce que les tarifs d’Hydro-Québec sont parmi les plus bas au monde et qu’ils sont moins volatiles que ceux des hydrocarbures, comme le gaz naturel, le pétrole et le propane, note-t-il. L’augmentation du prix de l’essence dans les derniers mois en est un exemple, selon lui.

Puis, les émissions de gaz à effet de serre de l’usine cesseront du jour au lendemain, puisqu’elle ne brûlera plus de combustibles fossiles, fait-il remarquer.

«La transition vers l’électricité renouvelable d’Hydro-Québec est un excellent moyen pour devenir carboneutre à 99,99%, soutient M. Baillargeon-Nadeau. Aussi, l’entreprise l’a fait au bon moment, car des aides financières sont disponibles et qu’Hydro-Québec peut encore répondre à la demande.»

L’expert estime qu’à long terme, les compagnies qui veulent devenir carboneutres devront utiliser une variété de moyens pour y parvenir, car la société d’État n’aura bientôt plus de surplus d’électricité, rappelle-t-il.

«Il faudrait alors construire de nouveaux barrages, avance celui qui accompagne les entreprises dans leur transition. La biomasse pour le chauffage et l’énergie solaire, entre autres, sont d’autres solutions intéressantes.»

Pour Saint-Gobain, la prochaine étape est d’analyser son bilan environnemental à l’extérieur de ses usines, poursuit M. Baillargeon-Nadeau. La multinationale pourrait revoir ses camions de livraison au diesel ou suivre la trace écologique des déplacements de ses employés, notamment.