Menacé d’être abandonné par le gouvernement québécois, le PEQ (Programme de l’expérience québécoise) vient plonger dans l’incertitude de nombreuses entreprises de Vaudreuil-Soulanges qui demandent à la CAQ une exception territoriale pour maintenir sa main-d’œuvre étrangère.
À lui seul, l’Hôpital de Vaudreuil-Soulanges et les entreprises qui vont directement s’y greffer, devraient créer 5000 emplois d’ici les deux prochaines années. On évalue que 10 000 nouveaux emplois seront créés dans Vaudreuil-Soulanges, une région en effervescence, d’ici 2030.
C’est Développement Vaudreuil-Soulanges qui a initié la demande aux deux paliers de gouvernement pour protéger les travailleurs étrangers temporaires actuellement en emploi et faciliter le recrutement international futur. La MRC de Vaudreuil-Soulanges, la Fédération des Chambres de commerces du Québec, incluant évidemment celle de Vaudreuil-Soulanges, l’organisme Réseaux et de nombreuses entreprises se sont joints au mouvement et se sont dit inquiètes des retombées de l’abandon de ce programme.
Un bien mauvais moment
Pour Jean-François Blanchard, PDG des CHSLD Manoir Harwood et Soulanges, et président de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec, cette annonce arrive au pire moment possible. «Dans nos 30 établissements du Québec, 655 employés vivent dans l’incertitude. Nous avons 48 d’entre eux ici dans Vaudreuil-Soulanges. Quarante-huit familles inquiètes, déstabilisées. On leur dit qu’ils devront quitter même s’ils travaillent, s’ils sont bien intégrés», plaide-t-il.
Ce retrait menace les familles, les entreprises et un grand pan de l’économie du Québec. Pour Danie Deschênes, mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot et présidente de DEV, la région est dynamique et en forte croissance. «Nous avons une économie diversifiée et robuste avec 4000 entreprises et 50 000 emplois, mais ¸ça amène aussi une rareté de main-d’œuvre et c’est préoccupant. Nous multiplions les interventions depuis de nombreuses années, mais maintenant, de perdre ces talents venus d’ailleurs, ce serait catastrophique», dit-elle.
Joanne Brunet, directrice-générale du DEV indique qu’il n’est plus minuit moins une, ni même deux heures du matin. «Il est six heures du matin et c’est pourquoi nous faisons cinq demandes aux gouvernements provincial et fédéral», explique-t-elle.
Cinq demandes officielles
Le conseil d’administration de DEV et le milieu des affaires formulent ces doléances aux élus.
Ainsi, on demande une exception territoriale avec clause « grand-père » permettant le renouvellement simplifié des permis de travail pour tous les travailleurs étrangers temporaires actuellement en emploi dans la MRC.
On voudrait également un processus accéléré de recrutement international pour l’ensemble des entreprises du territoire, tous secteurs confondus; des mesures spécifiques pour soutenir le recrutement nécessaire à l’ouverture et au fonctionnement du nouvel hôpital, des mécanismes complémentaires pour soutenir les entreprises locales affectées par l’attraction de main-d’œuvre vers l’hôpital, ainsi qu’une présentation aux acteurs régionaux par Santé Québec de sa stratégie de recrutement pour permettre l’arrimage des initiatives de recrutement.
Un enjeu économique
Alors que Québec semble au ralenti et faire trois pas en avant et huit en arrière dans ce dossier du PEQ, le gouvernement ontarien ouvre grand ses portes à ces travailleurs, riches d’une expertise difficilement importable. La région est à une trentaine de kilomètres, tout au plus, de la frontière ontarienne et plusieurs croient que nombre de leurs employés ont déjà été acceptés dans diverses entreprises de l’autre côté de celle-ci.
«Ces travailleurs sont maintenant bien intégrés à la région. Ils ont des logements, des voitures, et participent activement à la vie communautaire. Perdre ces employés nous imposerait de refuser des contrats et ralentir la croissance de l’entreprise», ajoute Laurent Avril, vice-président production chez Fleury Michon Amérique à Rigaud.

